Au Sénégal, les éleveurs et éleveuses du Dagana diversifient leurs débouchés commerciaux

PROGRAMME PROMOTION DE L’AGRICULTURE FAMILIALE EN AFRIQUE DE L’OUEST – FICHE CAPI PAFAO # 115

Dans le cadre d’un projet porté par : Gret – Apess Sénégal

Entretien avec Adja Sene (Apess Sénégal) – Télécharger ici la FICHE CAPI PAFAO # 115

Adja Sene est responsable du Bureau technique pays de l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en savane (Apess). Cette organisation sous-régionale d’éleveurs implantée dans 13 pays promeut un élevage familial de vie pour une société de bien-être. En partenariat avec le Gret, l’Apess soutient les revenus des éleveurs de Dagana en collaborant avec la Laiterie du berger. Aujourd’hui dans la dernière phase du projet, l’Apess et le Gret entendent diversifier les débouchés des éleveurs tout en mettant l’accent sur la place des femmes dans la filière.

En quoi la Laiterie du berger soutient-elle les éleveurs locaux ?

La collaboration avec la Laiterie du berger (LDB) a créé des relations de confiance avec les consommateurs. Il est vrai qu’en vendant de manière informelle le lait local à 800FCFA le litre, l’éleveur peut en retirer immédiatement 400 à 500FCFA. Or les laiteries leur achètent le lait à 325FCFA maximum. Au premier abord, c’est un manque à gagner énorme pour les éleveuses et les éleveurs. Mais rester dans le secteur informel s’accompagne de problèmes de sécurisation des débouchés et de fluctuation de la demande. Par ailleurs, les qualités d’hygiène laissent souvent à désirer. Les femmes transportent dans des petits seaux le lait qui n’est pas conditionné. Les gens n’ont pas confiance quand le lien éleveur-consommateur se distend. Travailler avec la Laiterie du berger était donc une nécessité pour développer la filière lait local.

Nous avons également choisi de collaborer avec la Laiterie du berger au sein de la plateforme d’innovation lait (Pil) pour assurer les revenus des La Laiterie du berger était la éleveurs et les aider à développer des initiatives avec seule laiterie capable de les autres acteurs de la filière. Au moment du soutenir un grand nombre diagnostic, aucune minilaiteries n’avait une assise et d’éleveurs. Cela veut dire qu’ils un pouvoir d’achat comparables à la LDB. Ces sont certains d’avoir à la fin du structures, peu nombreuses et peu performantes, mois un revenu fixe. étaient liées à des coopératives qui collectaient d’abord auprès de leurs membres. La plupart avaient déjà atteint leurs capacités et couvraient tout juste la consommation locale rurale. Dans ce contexte, la LDB était la seule laiterie capable de soutenir un grand nombre d’éleveurs et de leur assurer un revenu fixe à la fin du mois. A l’inverse, sur le marché informel, l’éleveur peut gagner 500FCFA certains jours et à 150FCFA le jour suivant.

Les éleveurs ont-ils leur place dans les négociations avec la Laiterie du berger ?

La LDB fixe de manière unilatérale le prix d’achat du lait et ne négocie pas avec les éleveurs. La formalisation d’accords serait nécessaire pour que ces derniers puissent sécuriser l’écoulement de leur production. Sur ce point, il reste beaucoup à faire. La laiterie a des soucis de rentabilité et ne va pas encore dans ce sens-là.

Pourquoi soutenir les activités de transformation parallèles à la LDB ?

Toutes les exploitations familiales ne sont pas collectées par la LDB. Le surplus n’est pas rentable pour l’entreprise. Pour qu’elles ne soient pas obligées de « verser le lait » (le jeter), nous formons les femmes à valoriser ce surplus en savon, en beurre et fromage, qu’elles vendent ensuite sur les marchés de Richard-Toll, Dagana et Saint-Louis.

Pour diversifier les débouchés, nous sommes aussi en train, en partenariat avec Enda Énergie, de nous tourner vers les minilaiteries afin de les équiper en énergie solaire pour la collecte et la conservation du lait au Sénégal. Nous verrons leur potentiel et essaierons d’y intégrer les éleveurs qui ne sont pas ou plus collectés par la LDB.

Comment le marché est-il évalué pour que les unités de transformation n’entrent pas en concurrence ?

Que ce soit dans le département de Dagana, ou dans d’autres régions où l’Apess intervient, nous n’avons pas rencontré cette difficulté. Les Pil permettent Les Plateformes innovation d’harmoniser la situation en créant des opportunités de lait harmonisent la situation concertation entre acteurs de la filière. À Banfora au en créant des opportunités Burkina Faso, les minilaiteries deviennent en saison de concertation entre sèche des centres de collecte au service de l’industrie acteurs de la filière locale. En saison des pluies, quand la production de lait est plus abondante et que l’industrie ne peut collecter l’ensemble de cette production, les minilaiteries redeviennent des unités de transformation. Cette organisation a été possible grâce à la Pil qui est parvenue à faire dialoguer des acteurs de la filière qui n’avaient pas pour habitude de se concerter.

Qu’est-ce que l’expérience vous a appris pour l’accompagnement des minilaiteries ?

En 2014, l’objectif était de sécuriser la production, de manière à approvisionner régulièrement la LDB. De manière aussi à assurer des revenus réguliers aux éleveurs laitiers. Nous avons donc travaillé sur la structuration de la filière : l’identification des axes de collecte, la formation des collecteurs…

Ce travail a permis à la LDB de développer ses activités. Suite à une première évaluation auprès des acteurs de la filière, nous avons jugé nécessaire d’appuyer les minilaiteries pour diversifier les débouchés des éleveurs, notamment dans un contexte où la Laiterie du berger avait des difficultés à maintenir ses axes de collecte. Les minilaiteries pouvaient prendre le relais sur ces axes-là. Et comme elles sont souvent gérées par les femmes, cela entrait en accord avec notre ambition de développer une approche genre.

Les transformateurs, que ce soit les mini-laiteries ou la Laiterie du berger, parviennent-ils à proposer des prix accessibles au plus grand nombre ?

Même si en zone rurale il est encore autoconsommé, le lait local est globalement devenu un bien de luxe. La LDB vend en grande surface, dans des hôtels, à un public que nous appelons « VIP ». Le lait pasteurisé local, vendu 1 000FCFA le litre, se trouve difficilement chez le boutiquier où se rendent les populations vulnérables des villes. Seuls les yaourts et les sachets aromatisés, plus accessibles 1, peuvent parfois être achetés chez les boutiquiers. L’unité de transformation laitière de Ndombo pratique de son côté des prix plus accessibles comme le lait caillé sucré non aromatisé en sachet de 250ml vendu à 150FCFA. En revanche son offre de produits est plus restreinte que celle de la Laiterie du berger. Pour répondre aux besoins des populations vulnérables, nous devons vraiment maintenir une production quelle que soit la saison. Cela permettrait également aux éleveuses et aux éleveurs d’anticiper sur leur production et leurs revenus.

https://www.apess.org/wp-content/uploads/2020/07/1219-entretien-2020041-apess-sene-senegal_0-1.pdf

https://www.alimenterre.org/au-senegal-les-eleveuses-et-les-eleveurs-du-dagana-diversifient-leurs-debouches-commerciaux

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