À Maroua, l’APESS mise sur le dialogue et l’information juridique pour une transhumance pacifique et inclusive

Au Cameroun, l’Association pour la Promotion de l’Élevage au Sahel et en Savane (APESS) renforce la concertation entre les acteurs du monde rural et promeut l’accès des communautés pastorales aux textes juridiques dans leur langue. Une démarche qui vise à contribuer à la prévention des conflits agropastoraux et à une meilleure coexistence entre les utilisateurs des ressources naturelles.

Prévenir les conflits en renforçant le dialogue entre les communautés

Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, la coexistence entre agriculteurs et éleveurs constitue un enjeu majeur pour la paix sociale, la gestion durable des ressources naturelles et le développement des activités agro-pastorales. L’accès aux pâturages, aux points d’eau et aux couloirs de transhumance nécessite une concertation permanente entre les différents utilisateurs de l’espace rural.

C’est dans ce contexte que l’APESS, dans le cadre du Projet Transhumance pacifique et inclusive et de Développement de l’Économie Pastorale (PETRADEP), a organisé, le 26 octobre 2026, au Cercle municipal de Maroua, un forum de formation et de sensibilisation consacré à la prévention et à la gestion des conflits agropastoraux.

Cette rencontre avait pour objectif de renforcer les connaissances des acteurs, de promouvoir le dialogue communautaire et de favoriser une mobilité pastorale pacifique, inclusive et durable. Elle s’inscrit dans une démarche qui privilégie la compréhension mutuelle, la connaissance des règles applicables et la recherche de solutions concertées aux difficultés liées à l’utilisation des ressources naturelles.

Une mobilisation multi-acteurs autour d’un objectif commun

La tenue du forum a été précédée de cinq jours de préparation et de concertation, conduits par une équipe de l’APESS sous la direction de son coordonnateur, avec la participation de responsables régionaux et de personnes-ressources.

Cette phase préparatoire a notamment donné lieu à des échanges avec la GIZ, des partenaires techniques, des autorités administratives et traditionnelles, des maires ainsi que des services techniques intervenant dans les secteurs de l’élevage et de l’agriculture.

Le forum a réuni 184 participants, dont 122 hommes, 26 femmes et 36 jeunes, venus de plusieurs communes et localités de la région de l’Extrême-Nord, notamment Maroua, Yagoua, Maga, Vélé, Zina, Pette Bogo, Kaélé, Mindif, Kalfou, Gobo et Moulvoudaye. Des participants venus du Tchad, ainsi que des partenaires et des représentants des autorités, ont également été mentionnés dans le compte rendu.

Cette diversité illustre l’importance d’une approche concertée de la mobilité pastorale, associant les acteurs de terrain, les organisations de producteurs, les autorités et les partenaires concernés.

La prévention des conflits agropastoraux ne saurait, en effet, reposer sur un seul groupe d’acteurs. Elle implique une responsabilité partagée et un dialogue régulier entre les différentes composantes du monde rural.

Comprendre les règles pour mieux prévenir les conflits

Les travaux du forum ont porté sur plusieurs thématiques essentielles : les fondements du pastoralisme et son cadre juridique, la gestion des pâturages et les enjeux environnementaux, ainsi que les mécanismes d’identification, de prévention et de transformation des conflits agropastoraux.

Les échanges visaient à améliorer la compréhension des dimensions économiques, sociales, environnementales et culturelles de la mobilité du bétail, qu’il s’agisse de transhumance ou de commerce pastoral.

L’approche défendue par l’APESS repose sur une conviction fondamentale : la prévention durable des conflits passe par le dialogue, le respect mutuel, la connaissance des droits et obligations de chaque acteur et la recherche de solutions consensuelles.

Dans cette perspective, la gestion concertée des pâturages, des points d’eau et des couloirs de transhumance constitue un levier important pour limiter les incompréhensions, prévenir les tensions et renforcer la coexistence pacifique entre les communautés.

Le forum a également prévu des travaux de groupe consacrés aux bonnes pratiques de gouvernance de la transhumance et du commerce pastoral, avec l’ambition de traduire les réflexions en un plan d’action à court terme.

Une innovation au service des communautés : rendre le droit accessible en fulfulde

Au-delà de la rencontre de Maroua, une initiative de sensibilisation mérite une attention particulière : la mise à disposition de radios communautaires de cartes mémoire contenant des enregistrements sonores des principaux textes juridiques relatifs au pastoralisme au Cameroun, traduits en fulfulde (peulh).

Sept radios communautaires sont mentionnées dans le compte rendu, notamment dans les localités de Figuil, Bogo, Yagoua, Pitoa, Boboyo/Kaélé et Ngong, dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord.

Cette démarche répond à un enjeu essentiel : rendre l’information juridique plus accessible aux populations rurales en tenant compte de leurs langues de communication.

En diffusant les textes sous une forme audio et dans une langue comprise par les publics concernés, l’initiative offre aux radios communautaires un support adapté pour contribuer à la sensibilisation sur les règles applicables au pastoralisme.

Elle ouvre ainsi la possibilité d’élargir la portée de l’information au-delà des personnes ayant directement participé au forum, en touchant d’autres membres des communautés pastorales et agropastorales.

Cette expérience illustre l’intérêt de combiner les échanges directs avec les acteurs et des moyens de communication adaptés aux réalités linguistiques locales. Elle constitue une piste à consolider pour rapprocher davantage le droit des populations et favoriser une meilleure connaissance des droits et obligations de chacun.

Consolider les acquis et promouvoir une gouvernance pastorale inclusive

L’expérience de Maroua met en évidence plusieurs leviers complémentaires pour la prévention des conflits agropastoraux :

– Renforcer la concertation entre agriculteurs, éleveurs, autorités administratives et traditionnelles, collectivités territoriales et services techniques ;

– Développer la sensibilisation juridique au moyen de supports accessibles et adaptés aux langues locales ;

– Promouvoir la gestion concertée des ressources naturelles, notamment les pâturages, les points d’eau et les couloirs de transhumance ;

– Accroître la participation des femmes et des jeunes aux initiatives en faveur de la paix, de la cohésion sociale et de la gouvernance pastorale ;

– Assurer le suivi des engagements à travers des actions concrètes, adaptées aux réalités des territoires.

La pérennisation de cette dynamique nécessitera une implication continue des autorités et des communautés, le suivi des actions proposées ainsi qu’une évaluation des effets de la sensibilisation sur les pratiques et les relations entre les différents utilisateurs des ressources naturelles.

Les résultats détaillés des travaux de groupe, les engagements officiellement adoptés et les effets de la diffusion des supports audio restent à documenter afin de mesurer les changements effectivement obtenus sur le terrain.

Une expérience à valoriser au service de la paix et de la mobilité pastorale

À travers le forum de Maroua, l’APESS et le projet PETRADEP ont mis en avant une démarche associant mobilisation des acteurs, renforcement des connaissances, dialogue communautaire et accessibilité de l’information juridique.

La participation de 184 personnes et la mise à disposition de supports audio en fulfulde auprès de sept radios communautaires constituent des réalisations documentées de cette initiative.

L’enjeu est désormais de transformer cette dynamique de sensibilisation en pratiques durables : un dialogue plus régulier entre les communautés, une meilleure connaissance des règles, une gestion plus concertée des ressources naturelles et une participation effective de toutes les composantes de la société rurale.

Car, au-delà de la prévention des différends, une gouvernance pastorale inclusive contribue à préserver les moyens d’existence des populations, à renforcer la cohésion sociale et à créer les conditions d’une mobilité du bétail plus pacifique et mieux organisée.

L’expérience de Maroua offre ainsi une base à consolider et à valoriser dans les efforts de l’APESS et de ses partenaires en faveur d’un pastoralisme durable et d’une coexistence apaisée entre les communautés du Sahel et des zones de savane.

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